Ryanair ne menace plus les syndicats belges de supprimer des emplois

Ryanair ne menace plus les syndicats belges de supprimer des emplois
Belga

À la suite de la crise du coronavirus et de ses conséquences sur le trafic aérien, Ryanair avait décidé de supprimer 3.000 emplois en Europe, dont certains en Belgique. Mais, début mars, un protocole d’accord social avait finalement pu être conclu entre direction et syndicats chez Ryanair, qui prévoyait dès lors de renoncer au licenciement envisagé de 176 personnes.

Selon ce texte, 50 contrats à durée déterminée devaient en outre être mués en CDI et les travailleurs devaient obtenir 19 jours de repos compensatoire. En échange, le syndicat chrétien avait accepté une réduction salariale de 8 %, qui ne concerne toutefois que les plus hauts salaires du personnel de cabine.

Ce protocole était conditionné au règlement par Ryanair du passif salarial et au respect des accords précédents en la matière. La compagnie devait ainsi d’abord appliquer et payer les augmentations sectorielles de 2019 (1,1 %) et 2020 (2 %) et la réduction de 8 % serait ensuite appliquée sur ces barèmes adaptés.

Depuis lors, le dossier n’a toutefois pas suffisamment avancé pour que les syndicats, la CNE et son pendant flamand l’ACV Puls, signent l’accord. Selon eux, la compagnie ne respecte toujours pas ses engagements préalables à la signature de nouvelles conventions collectives de travail.

Début juillet, face à ce blocage, Michael O’Leary s’était montré menaçant, ne pouvant exclure de nouvelles suppressions d’emplois en Belgique.

Mardi, il a changé de fusil d’épaule, annonçant même la création de 200 postes de travail supplémentaires en Belgique dans les prochains mois pour accompagner le développement de la compagnie à Charleroi et à Zaventem et l’arrivée de Boeing 737 MAX, avions dotés d’une plus grande capacité de passagers, dans ces deux aéroports.

Le patron a tout d’abord répété que tous les syndicats représentant le personnel de cabine et les pilotes à travers l’Europe avaient accepté cette réduction salariale, qui va de 5 à 10 % pour le personnel de cabine et jusqu’à 20 % pour les pilotes, à chaque fois durant deux ans avant un retour à une rémunération normale les trois années qui suivent. Les salaires de ceux qui décrocheront les 200 emplois supplémentaires en Belgique dans les prochains mois seront d’ailleurs aussi rabotés, comme ceux du personnel actuel, avant d’être revus à la hausse, a précisé Michael O’Leary.

Tous les syndicats ont accepté cette réduction salariale, à l’exception des deux organisations belges défendant les stewards et hôtesses. Le syndicat des pilotes belges s’est en effet entendu avec le transporteur à bas coûts il y a plusieurs mois déjà.

La CNE et l’ACV Puls sont « particulièrement lents » dans ce dossier, constate le CEO. Cela alors que cette réduction salariale a permis d’éviter des suppressions d’emplois, rappelle-t-il.

« Les syndicats doivent toujours signer ? Très bien. Mais nous ne pouvons pas les attendre. Nous ne prêtons plus beaucoup d’attention aux syndicats du personnel de cabine » en Belgique, a lancé le patron irlandais, assurant que son entreprise reconnaissait et appliquait le droit belge sur le travail.

« On ne va pas attendre 375 ans avant d’avoir finalement leur signature. Nous avons obtenu un accord avec les pilotes et le personnel de cabine. Nous ne sommes pas trop inquiets que les syndicats les acceptent ou non », a-t-il poursuivi.

Avant de se lancer dans une diatribe dont le fantasque dirigeant est friand : « Les syndicats vont probablement communiquer vers la presse plus tard aujourd’hui pour nous accuser de viol, de pillage, d’affamer des enfants ou pour nous pointer comme responsables du retour des talibans en Afghanistan… Eh bien, nous ne prêtons plus trop d’attention aux communiqués provenant des syndicats ».

Dans une réaction, Didier Lebbe, secrétaire permanent de la CNE, a déploré des propos « affligeants ». Sur le fond du dossier, le syndicat chrétien précise que le protocole d’accord est venu à échéance le 30 avril et qu’il n’a donc pas été suivi d’effets. Il n’est dès lors plus question de réduction salariale de la part du personnel de cabine. Les 176 emplois menacés un temps ne le sont plus aujourd’hui, relève en outre le syndicaliste.

Selon Didier Lebbe, le transporteur à bas coûts peine d’ailleurs à trouver du personnel, devant parfois envoyer des travailleurs en taxi depuis Zaventem jusque Charleroi.

Entretemps, des discussions sont en cours quant à la régularisation de la situation relative aux augmentations sectorielles de 2019 (1,1 %) et 2020 (2 %). Un dossier qui avance, note le syndicaliste, depuis que le dossier social de Ryanair a été totalement judiciarisé en mars dernier et que l’auditorat du travail du Hainaut a repris en main tous les dossiers liés au non-respect des règles sociales par l’entreprise irlandaise en Belgique.

Interrogé sur cette enquête, Michael O’Leary s’est montré évasif et peu au courant de la situation. « Nous n’avons aucune idée de ce sur quoi ils enquêtent. (…) Nous ne savons pas où l’enquête en est et, honnêtement, nous ne nous en soucions pas vraiment. Nous créons de nouveaux emplois, nous relançons le trafic et le tourisme ».

Par ailleurs, aucun accord sur une réduction salariale du personnel de cabine n’a pu être conclu en Espagne et au Portugal, d’après le secrétaire permanent de la CNE, qui conteste les affirmations du CEO irlandais sur ce point.

Un sujet qui pourrait revenir sur la table des négociations en octobre prochain, lorsque débuteront les discussions entre direction et syndicats belges sur les nouvelles conditions salariales pour les années à venir, redoute Didier Lebbe. « Si Michael O’Leary revient avec ça et insiste pour de nouvelles réductions salariales de la part du personnel de cabine, il doit s’attendre à de sérieux problèmes sociaux dans l’entreprise, et pas qu’en Belgique », prévient celui qui avait orchestré, parmi d’autres, un mouvement européen de grève inédit durant l’été 2018.

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